Il y a un peu plus de deux ans, alors que nous en étions avec mon compagnon à la vie et à la scène François Donato, créateur sonore, à continuer notre incursion dans les textes d’Annie Ernaux, un des libraires de la librairie Ombres Blanches à Toulouse me conseilla la lecture de l’ouvrage Courir dans les bois sans désemparer de Sylvie Aymard, me disant que ce texte magnifique n’avait jamais été porté à la scène…
Nous l’avions lu tous les deux et ce texte nous a beaucoup plu et touchés. François m’a dit qu’il me verrait bien l’incarner sur un plateau, mais qu’il ne sentait pas sa présence indispensable en tant que créateur de sons composés en live, que le texte se suffisait à lui même sans besoin d’y ajouter du son direct comme nous aimions le faire pour nos créations communes…
Puis nous avions lu beaucoup d’autres textes correspondant plus à notre recherche pour travailler ensemble…
François est mort en novembre 2024.
Notre vie heureuse s’est arrêtée ainsi que tous nos projets communs.
Aujourd’hui, je continue à vivre comme je peux, en continuant les anciens spectacles de la compagnie.
Je n’envisage pas de me lancer dans un nouveau projet sans lien avec ce que je traverse.
J’ai relu Courir dans les bois sans désemparer, j’ai redécouvert ce texte où il est question d’une femme toute en décalage et en naïveté, qui se laisse porter par la vie, qui rencontre le grand amour, et son grand amour meurt.
Le désir de partager un texte auprès d’un public est revenu après cette lecture. Je trouve un sens profond à prêter ma voix à ces mots, François l’avait lu et aimé, il n’y a pas de pathos, le texte est drôle à beaucoup d’endroits, et c’est un hymne à l’amour et à la vie.
Porter ce texte au plateau est dans la droite ligne du travail de la Compagnie de la dame qui s’articule tant autour des autrices que de l’intime dans la vie des femmes.
J’ai pu échanger avec Sylvie Aymard qui est enthousiaste à l’idée de voir et d’entendre son texte incarné, nous avons un vécu similaire à une quinzaine d’années d’intervalle. Elle a puisé dans l’écriture pour trouver la force de continuer à vivre, je ferai de même sur scène, nourrie par ses mots.
Avec, pour l’une comme pour l’autre, l’envie de partager un intime universel au coeur de notre propos.
Une première version de l’adaptation a été réalisée par Cécile Carles et approuvée par l’autrice, elle sera affinée par le travail à la table et au plateau sous la direction bienveillante d’Hélène Sarrazin.
Nous avons le désir d’une parole directe, d’un récit adressé le plus simplement et directement possible, avec la parole au coeur. D’un spectacle entièrement autonome, éclairé par des objets lumineux se suffisant à eux-même pour les petits lieux et appuyés par une création lumière pour les plus grandes salles.
Il y aura aussi des sons enregistrés, diffusés en multicanal comme il l’aurait voulu, composés par François.